
L’ambassadeur américain a préféré s’en tenir aux généralités et éluder les questions géopolitiques brûlantes.
Tunis – Univers News. Dans sa toute première interview majeure accordée à la presse nationale depuis sa prise de fonctions, l’ambassadeur des États-Unis à Tunis, Bill Bazzi, livre un plaidoyer appuyé en faveur du renforcement des liens historiques entre Washington et Tunis. Plaçant le partenariat économique, l’investissement privé, la coopération sécuritaire et la valorisation du capital humain au cœur de sa feuille de route, le diplomate américain entend substituer à la diplomatie théorique une politique de résultats tangibles.
L’exercice était très attendu dans les chancelleries et les milieux d’affaires. Récemment installé à Tunis en qualité de représentant de l’administration du président Donald Trump, Bill Bazzi a clarifié la doctrine stratégique de son mandat. Ingénieur de formation, ancien officier du corps des Marines forte de plus de vingt ans de service, et ex-maire de Dearborn Heights (Michigan), le diplomate affiche d’emblée une méthode marquée par un pragmatisme opérationnel et une culture du terrain.
On notera toutefois que, malgré l’intensité des grands événements qui secouent actuellement les scènes régionale et internationale, le diplomate américain a préféré s’en tenir aux généralités protocolaires et aux formules d’usage, éludant les sujets géopolitiques les plus brûlants.
Des bases historiques d’une densité exceptionnelle
D’entrée de jeu, Bill Bazzi a tenu à réinscrire l’action diplomatique américaine dans le temps long. Alors que l’année 2026 coïncide à la fois avec le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis et le 70ᵉ anniversaire de celle de la Tunisie, le chef de la mission diplomatique rappelle que la proximité entre les deux nations remonte au Traité de paix et d’amitié de 1797. Évoquant la mémoire des grandes figures historiques, à l’instar de la rencontre emblématique entre le président Habib Bourguiba et le président John F. Kennedy, l’ambassadeur souligne que les États-Unis ont été la première puissance mondiale à reconnaître la souveraineté de l’État tunisien moderne.
C’est précisément sur ce socle bilatéral séculaire que la diplomatie américaine entend s’appuyer pour réorienter le partenariat vers des objectifs partagés et mutuellement bénéfiques : stabilité régionale, sécurité globale et prospérité économique durable.
Sécurité et stabilité régionale : l’exigence du partage des responsabilités
S’agissant des dossiers stratégiques et militaires, traditionnellement centraux dans les relations bilatérales, Bill Bazzi salue le rôle charnière joué par la Tunisie dans le bassin méditerranéen et pour la préservation de la sécurité maritime. Revenant sur ses visites d’inspections et sa participation aux exercices interarmées multinationaux (Phoenix Express, African Lion), le diplomate s’est dit vivement impressionné par le professionnalisme et l’excellence opérationnelle des forces armées tunisiennes.
Inscrivant sa vision dans l’approche de l’administration Trump — axée sur un partage équitable des responsabilités —, l’ambassadeur rappelle que « le premier investissement réside dans les femmes et les hommes ». Il met à cet égard en exergue l’efficacité des institutions militaires tunisiennes dans le combat contre les groupes terroristes (Al-Qaïda, Daech) ainsi que l’interopérabilité éprouvée sur le terrain, illustrée notamment par le soutien logistique aérien américain (C-130 Hercules, hélicoptères Black Hawk) apporté aux autorités tunisiennes lors de la lutte contre les récents feux de forêt.
Attractivité économique et levée des verrous administratifs
Le volet économique constitue indéniablement la pierre angulaire de cette première sortie médiatique. Reconnaissant en filigrane que le volume actuel des échanges et des investissements reste en deçà du potentiel réel de la Tunisie, l’ambassadeur fait du rééquilibrage commercial et de la promotion des investissements privés une priorité absolue.
Évoquant le rôle d’ancrage déjà joué par de grands groupes industriels américains implantés dans le pays — à l’instar de Pursuit Aerospace dans l’aéronautique, ou de Lear Corporation et Visteon dans le secteur des équipementiers automobiles —, Bill Bazzi révèle que plusieurs de ces firmes explorent activement des plans d’extension de leurs capacités de production en Tunisie.
Face aux inquiétudes relatives à la lourdeur des démarches administratives parfois soulevées par les investisseurs étrangers, le représentant américain se pose en facilitateur. L’ambassade de Tunisie entend agir comme une passerelle directe entre les acteurs du secteur privé américain et les autorités gouvernementales tunisiennes afin d’identifier les blocages structurels, de simplifier les procédures et de fluidifier le climat des affaires. Saluant la volonté d’ouverture et l’écoute attentive des responsables tunisiens, l’ambassadeur a également évoqué des discussions en cours visant à instaurer un cadre commercial et tarifaire renouvelé.
Jeunesse, capital humain et technologie : le pari de l’avenir
L’un des traits marquants de cet entretien réside dans l’hommage appuyé rendu par le diplomate à la jeunesse et au capital humain tunisiens. Diplômé en ingénierie et fort d’un parcours au sein de géants industriels tels que Ford et Boeing, Bill Bazzi met en relief les performances remarquables du système d’enseignement supérieur tunisien, qui classe le pays parmi les nations les plus performantes au monde pour le nombre de diplômés dans les filières scientifiques, technologiques et de l’ingénierie par habitant.
Ici encore, la feuille de route américaine entend dépasser le simple stade des déclarations d’intention. En soutenant l’écosystème des start-ups, l’entrepreneuriat des jeunes, les programmes d’échanges universitaires et le transfert technologique — comme en témoigne le succès des récentes journées d’information consacrées à l’industrie aéronautique —, les États-Unis entendent miser sur la résilience et la capacité d’innovation des talents tunisiens.
En conclusion, Bill Bazzi esquisse la trajectoire d’une diplomatie renouvelée : un partenariat structuré autour du respect strict de la souveraineté nationale, orienté vers la création d’emplois à forte valeur ajoutée et ancré dans une coopération sécuritaire et économique de haute précision.



