
L’inclusion des femmes tunisiennes dans la vie économique et politique est estimée à 27,8 % pour l’employabilité, 28,7 % pour l’inclusion financière et 14,8 % pour les places au Parlement. Ces statistiques de l’ONU Femmes révèlent une disparité flagrante dans l’employabilité des femmes tunisiennes, une réalité paradoxale au regard des efforts déployés en matière de législations, des initiatives des différents acteurs et des promesses d’égalité formulées depuis 1957.
Selon les estimations de l’INS pour le troisième trimestre de 2025, la population active s’élève à 4 259,0 personnes, dont 2 923,0 hommes et 1 337,0 femmes. Parmi ceux-ci, seules 26,7 % des femmes âgées de 15 ans et plus participent au marché du travail, contre 64,9 % des hommes, d’après les données de l’ONU Femmes.
Par ailleurs, le taux de chômage des femmes atteint environ 20,7 % au premier trimestre de 2026, contre 12,3 % pour les hommes. Ce fossé se creuse davantage chez les diplômées de l’enseignement supérieur : au troisième trimestre de 2025, 32,3 % des femmes diplômées sont sans emploi, contre seulement 14,5 % des hommes diplômés. Ces chiffres traduisent une réalité préoccupante, où les femmes, bien que souvent plus qualifiées, peinent à trouver leur place sur le marché du travail, en particulier dans les postes à haute responsabilité ou décisionnels.
Une présence politique en nette régression
Les estimations de l’employabilité des femmes varient considérablement selon les domaines. Dans la sphère politique, leur présence reste relativement limitée. D’après les estimations d’ONU Femmes, elles occupent 15,8 % des sièges à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), 13 % au Conseil national des régions et des districts (CNRD) et près de 13 % des conseils municipaux en 2025.
Cette présence, quoique importante, demeure insuffisante et, surtout, en nette régression par rapport aux années précédentes. Entre 2014 et 2019, les femmes occupaient environ 31 à 36 % des places au Parlement, selon le rapport d’ONU Femmes. Ce recul est d’autant plus alarmant que, à l’échelle mondiale, les femmes représentent 27,5 % des parlementaires en 2026. Bien qu’il s’agisse d’une augmentation de 0,3 % par rapport à 2025, cette progression constitue la plus faible enregistrée depuis 2017, selon l’ONU Femmes. Bon, il faut bien signaler que le gouvernement englobe un certain nombre de femmes, mais ce n’est pas déterminant quant à la proportion finale de participation des femmes aux avant-postes de commande dans le secteur public.
Les freins structurels et culturels à l’emploi féminin
Plusieurs facteurs expliquent ces freins persistants. Les obstacles sont généralement d’ordre culturel, idéologique ou familial. Les femmes souffrent d’un manque de soutien et d’encouragement, à l’opposé de ce que connaissent leurs homologues masculins.
Un autre aspect majeur est l’exposition des femmes à diverses formes de violence et de harcèlement en milieu professionnel, ainsi que le manque d’opportunités et de flexibilité qui rendraient l’accès à l’emploi plus aisé.
Ce constat est malheureusement renforcé par les mentalités dominantes. Selon une enquête menée par l’Afrobaromètre, 55 % des participants ont affirmé que les hommes doivent être prioritaires dans l’accès à l’emploi, contre 43 % qui ne sont pas d’accord et 3 % qui se sont déclarés neutres. Ce chiffre illustre l’ampleur des stéréotypes de genre qui continuent de freiner l’émancipation économique des femmes tunisiennes, en dépit d’un cadre juridique pourtant favorable.
Balkis Layouni



