Le Fonds monétaire international (FMI) a revu mercredi une nouvelle fois en baisse ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale, une actualisation réalisée avant la remontée des tensions au Moyen-Orient, qui pourraient plomber un peu plus la croissance.
Selon la dernière version du rapport annuel du Fonds sur l’économie mondiale (WEO), l’ensemble des économies connaîtront une croissance moyenne de 3% cette année, soit 0,1 point de moins que prévu en avril.
« Nos prévisions prennent en compte une réouverture du détroit d’Ormuz mi-juillet avec un retour progressif aux conditions d’avant-guerre d’ici à mars 2027 », a précisé Petya Koeva Brooks, adjointe à la cheffe-économiste du FMI, lors d’une conférence de presse.
« Une nouvelle escalade dans le conflit pourrait relancer la volatilité des prix des matières premières, restreindre les conditions financières, mettre un peu plus à l’épreuve les marges budgétaires et aggraver l’insécurité alimentaire dans les pays à faible revenu », a-t-elle averti.
Après de violents échanges de frappes entre l’Iran et les Etats-Unis, le président américain Donald Trump a estimé mercredi que le cessez-le-feu entre les deux pays était terminé, tout en laissant la porte ouverte à la poursuite des tractations avec Téhéran.
Avant cette nouvelle dégradation, le FMI anticipait que le ralentissement économique prévu cette année serait compensé par une accélération de la croissance en 2027.
« En cumulé sur les deux ans, nos prédictions restent globalement inchangées. Nous avons une reprise en V, qui sera juste plus marquée qu’anticipé jusqu’ici », a expliqué à l’AFP Deniz Igan, responsable au sein du département recherche du Fonds.
En d’autres termes, le FMI estime que les dixièmes de points de croissance perdus cette année devraient être compensés par ceux gagnés en plus l’année prochaine.
Dans un sens comme dans l’autre, la majeure partie de la variation trouve sa source, sans surprise, dans la région Moyen-Orient/Asie centrale, en première ligne durant la guerre entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran.
Le Fonds a continué de réviser en baisse la croissance attendue en 2026 dans cette région.
L’économie régionale devrait ainsi progresser de seulement 0,7% cette année, mais connaître une forte accélération en 2027, à 6,5%, soit quasiment deux points de plus que l’estimation d’avril dernier.
Si certains pays ont particulièrement souffert de la fermeture du détroit d’Ormuz, d’autres ont mieux résisté, comme l’Arabie saoudite qui devrait enregistrer cette année une croissance de 1,7%.
La perspective pour l’Iran s’est améliorée, mais son économie devrait rester en récession en 2026 (-5,4%).
Le coup de pouce de l’IA
Les autres pays ont vu leur croissance plombée par les retombées de la crise énergétique.
Le FMI a revu en hausse le rythme de l’inflation tant dans les économies avancées que dans le reste du monde.
Mais Deniz Igan y voit « avant tout » un à-coup temporaire. « L’inflation vient principalement d’une hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation », a-t-elle souligné.
Dans la zone euro, la croissance est revue en baisse de 0,2 point.
La France en particulier voit la sienne ramenée à 0,6% pour 2026, soit 0,3 point de moins que dans les prévisions d’avril. Elle ne devrait pas connaître d’accélération en 2027, avec une croissance attendue à moins de 1%.
A l’inverse, les Etats-Unis n’ont pas souffert de la guerre. Leur prévision de croissance est restée inchangée pour cette année (2,3%) et revue en légère hausse pour 2027.
Le pays bénéficie de ses exportations de pétrole, mais aussi des importants investissements réalisés sur son territoire dans les infrastructures d’intelligence artificielle (IA), en premier lieu des centres de données.
« Nous observons une dynamique très forte dans le secteur technologique mondial, qui est un élément majeur venant contrebalancer les effets de la guerre », a relevé Deniz Igan.
Si le rythme d’adoption de l’IA semble suivre un rythme modéré et qu’aucun gain majeur de productivité n’est jusqu’ici observé à l’échelle macroéconomique, « la hausse des investissements est plus importante que nous l’avions anticipé » et cela profite aux pays tant investisseurs que producteurs d’équipements, a-t-elle expliqué.
« Les gains de productivité peuvent apparaître » et avoir plus d’impact que pris en compte jusqu’ici par le FMI, mais « ces attentes peuvent aussi s’avérer trop optimistes », a prévenu Deniz Igan, « nous ne verrons alors pas les investissements se poursuivre sur le rythme actuel



